Enna CHATON

Enna Chaton cherche des personnes, hommes et femmes, de tous ages, de toutes esthétiques, de tous milieux, pour poser nues, seules ou accompagnées, bénévolement.

Acteure autonome invitée par l'association Glassbox en résidence à la Cité Universitaire de Paris ( http://www.glassbox.fr )

blog: http://ennachaton.canalblog.com



Bio

Biographie

Textes

Vidéographie

2007 - Edition Livre # 62 (février 07) Enna Chaton

180 pages couleur

édition réalisée en coproduction avec le Centre d'Art Chapelle Saint Jacques à Saint Gaudens et le Parvis Centre d'Art Contemporain vidéo

K.01 Pau

2006 - 2007 - Exposition personnelle au Centre d'Art de la Chapelle Saint Jacques, Saint Gaudens et au Vidéokiosque, Parvis Centre d'Art, Tarbes + édition.

- Hapax, exposition collective à Aperto, Montpellier.

Expositions collectives

2007 -

2006 - Voiler dévoiler, Villa du parc, centre d'art contemporain, Annemasse.

2005 - Affinités exposition à la Saline Royale d'Arc et Senans organisée par Le Pavé dans la Mare, Besançon.

- Mutzigzag, itinéraire d'art contemporain organisé par l'Association Le Forum Itinérant et le Fort de Mutzig, en partenariat avec le Frac Alsace, l'École Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, la Région Alsace, la ville de Mützig.

2004 - Enna, situation L , Enna Chaton, Laurent Moriceau ; Association Image/imatge, orthez et École des Beaux Arts et de Communication de Pau*.

- Maison/témoins -The Store - Paris.

- Ils sont tous là, Espace d'Art Contemporain Gustave Fayet, Sérignan.

2003 - OXYMORY, proposition de Joel Hubaut, Frac Basse-Normandie, Caen.

- Frappez avant d'entrer - Association Carbonne 14, Montpellier.

2002 - L'ami de mon amie - Cergy connection - proposition de Bernard Marcadé,

Cergy-Pontoise*.

- Ce que nous voyons comme si nous le voyions - Rencontres photographiques Association image/imatge - Orthez *.

- + si affinité - Association Fiacoise d'initiatives Artistiques Contemporaines, Fiac ;

en collaboration avec Les Abattoirs de Toulouse, Pascal Pique *.

- ...confiture demain et confiture hier - Mais jamais confiture aujourd'hui..., Centre Régional d'Art Contemporain Languedoc-Roussillon, Sète.

- i love art vidéo - installation vidéo - Association Le Forum Itinérant, Strasbourg.

- Corps & corps - Musée Atger Bibliothèque Universitaire de la Faculté de Médecine,

Carré St Anne, Montpellier *.

2001 - Propos, titre provisoire 1 - installation vidéo - Galerie Frank, Paris.

- Fragile - Le Pavé dans la Mare, Besançon.

2000 - Y-a-pas le feu - Lieu d'Art Contemporain, Sigean.

1999 - 3 puissance X, installation, Biennale des jeunes créateurs, Ateliers de la ville de Marseille.

- Musée Kombol, Villemur sur Tarne.

- Biennale des jeunes créateurs, Carré St Anne Montpellier et Ex-abattoir de Rome.

- Participation à la Vidéothèque éphémère, sur une proposition du bureau des arts plastiques,Cologne.

- Une caresse de prince animation à consulter sur: WWW.panoplie.org

1997 - Sensualités expérimentales - installation de films super 8, Montpellier.- 2èmes Dérives magnétiques - Association Le Mas, performance Mes ribambelles, Nîmes.

1996 - 20... le plus bel âge - Passage de Retz, Paris *.

1995 - L'art d'aimer - Chez le concierge - Villa Saint-Clair, Sète.

- Galerie de la Distillerie - Enghien les Bains.

1994 - Manufacture - Londres.

- Ouverture - École Nationale d'Arts de Cergy-Pontoise *.

(* avec publication)

Expositions personnelles, performances

2004 - on se connait pas performance/rencontre, Colloque L'intime sous tension

carré d'art Nîmes, organisé par Diane Watteau et Corinne Rondeau, université de Nîmes.

- Work in progress, exposition permanente, résidence à Borderline, Nantes.

- Paysage - installation vidéo à Monoquini, Association Bande annonce, Montpellier.

2001 - In love exposition et publication - La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète.

1999 - Mille petits sexes à jouir , performance aux Ateliers de la ville de Marseille,

avec Jérome Le Goff.

1998 - Le Bon de la Baleine à Bosses, Toulouse.

Projections vidéos/festivals

2006 - FEST-HIVER Vidéos d'artistes Association LAC & S - La vitrine - Limoges - et l'Association Est-ce une bonne nouvelle

2005 - ondulations - installations, rencontres, projections, musiques improvisées organisé par Transat Vidéo, Brent Klinkum, St-Laurent de Terregatte.

2004 - Fiav 04 - Festival d'images artistiques vidéo 4è édition, présentée par la Galerie Esca, sélection de Christine Boisson - hors compétition, Centre Culturel Français de Milan.

- Galérie éof - avec l'Association Est-ce une bonne nouvelle, Paris.

- 3 formes - 3 jours - La fonderie - Sète

2003 - Le livre et l'art - Lieu Unique, Nantes ; invitée par l'Association Est-ce une bonne nouvelle.

- May your DV be with you invitation de Lucas Mancion du Pavillon du Palais de Tokyo Paris.

- Galérie éof - avec l'Association Est-ce une bonne nouvelle, Paris.

- Vidéorium 01-vidéo, net-art, son, art numérique, multimédia-Les Abattoirs,Toulouse.

2001 - Festival Vidéaste ? REC Herché-e, Obsession, folie et vidéo - Carte blanche à l'Association Bande Annonce au lieu Méduse, Quebec.

- Invitatée par Jérome le Goff, Rouan.

- Mire & Vidéozarts, au Cinématographe, Nantes.

1998 - 12èmes Rencontres vidéo art plastique, Centre d'Art Contemporain Basse Normandie, Hérouville Saint-Clair.

- Dernières dérives magnétiques - Association Le Mas, Montpellier.

- Vidénale 8 - Centre d'Art Contemporain de Bonn, Allemagne.

- Travers vidéo- Lycée des Arènes, Toulouse.

1997 - Au plus petit cinéma du monde - Projection de films super 8, Montpellier.

Publications/articles

2005 - Un goût de l'âme, texte de Pierre Giquel publié dans le livre Un goût de l'âme

Éditions image/imatge.

2004 - Papiers libres, on se connaît pas, publication de la Galerie Esca, Milhaud.

- L'agenda du CD5, Région Languedoc-Roussillon.

2001- In love, La Vitrine de la Villa Saint-Clair, Éditions Villa Saint-Clair, Sète.

2000 - Inserts, dans le livre vue, Éditions Villa Saint-Clair, Sète.

1999 - F.O.U, deuxième partie, dans la revue The incredible Justine's adventures/Tija.

1998 - Art press n°238, texte de Magalie Gentet.

- Domaine Public, sur une proposition de Médamothi & Eric Watier.

- Reg'arts, Avril, texte de Marie-Pierre Donadio.

1997 - Barby Sexes, mille petits sexes à jouir, recueil de poèmes tiré à 269 exemplaires.

- F.O.U, première partie, dans la revue The incredible Justine's adventures/Tija.

Collection publique, privée

2004 - Collection privée : Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille saison 2/épisode premier-version 2 - DVD 20'10, couleur, sonore.

2003 - Collection privée : Série de 6 visionneuses éléctriques et diapositives + 2 visionneuses non éléctriques.

2000 - Collection Publique : Trois puissance x , diaporama - Frac Languedoc-Roussillon, Montpellier.

Autre

2005/06 - Participation aux activités de l'Association Sonorités, collaboration à l'organisation du festival Sonorités - du texte au son, les 6, 7 et 8 Octobre 2005 au Centre Chorégraphique National, Montpellier.

2006/99 - Participation aux activités de l'Association Villa Saint Clair, Résidences d'artistes, Éditions, Sète.

2003/06 - Enseignante - photo, vidéo ; analyse de l'image - en classe préparatoire à l'École Municipale des Beaux-Arts De Sète -villa Saint-Clair.

2003/00 - Réalisation et montage de films vidéographiques : Parole d'artistes pour le Centre Régional d'Art Contemporain à Sète, Service Éducatif, Association Nouvelle Vague, en collaboration avec Christine Dolbeau [Didier Marcel/François Curlet - In Vivo commissaire Leonor Nuridsany - Matts Leiderstam - Philippe Cazal pour le Frac Languedoc-Roussillon - Post-Diplôme de la ville de Marseille, D'une limite à l'autre Dominique Gauthier, 3 set in 7 Noël Dolla, Shirley Kaneda, Bill Komoski - Léger différé - Dialogue : Céleste Boursier-Mougenot, Benyounès Semtati,Santiago Reyes - Rouge Phosphène - Nos troubles - Coconutour - Mélanie Counsell/Hugues Reip - Quand on pose une chose contre une autre, elles se touchent : Suzanne Lafont, Antoinette Ohannessian, Marine Hugonnier, Valérie Mrejen, Anne-Marie schneider.

2002 - Réalisation et montage de films vidéographiques documentaires pour Céleste Boursier -Mougenot exposition aux Beaux Arts de Paris ; Alain Bublex au Frac Languedoc-Roussillon.

2003/99 - Participation aux activités de l'Association Bande Annonce, diffusion d'art vidéo, cinéma expérimental, éducation à l'image, Montpellier.

1997-99 - Participation aux activités de l'Association Le Mas Production et diffusion d'art vidéo, Languedoc-Roussillon.

Vidéographie

2005- Passages (2ème version) DVD 17'21? couleur, sonore

- Appartement 78 DVD 7' couleur, sonore

2004- Passages (1ère version) DVD 19' couleur, sonore

Co-production Association image/imatge Orthez.

- Paysages 1 - DVD 19' couleur, sonore

- Le médi - DVD 6'32?, couleur , sonore

- Caresse - DVD 4', couleur, non sonore

- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille

saison 3/épisode second - quelque chose à soi...à quelqu'un d'autre

DVD 15'26, couleur, sonore

- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veillesaison 2/épisode premier-version 2 - DVD 20'10, couleur, sonore

co-production Association Fiacoise d'initiatives Artistiques Contemporaines

2003- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille

saison 2/épisode second - DVD 16', couleur, sonore

dans le cadre d'une résidence en lycées agricoles-région Languedoc-Roussillon-janvier février 2003- production ministère de l'agriculture-drac L.R. - Région L. R.

2002- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille

saison 3/épisode premier - DVD 10 mn, couleur, sonore*

Co-production Association Fiacoise d'initiatives Artistiques Contemporaines Fiac ;

Association image/imatge Orthez.

- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille saison 2/épisode premier - DVD 26 mn, couleur, sonore*

co-production Association Fiacoise d'initiatives Artistiques Contemporaines- Chaque fois qu'on se lève on regarde les objets qu'on a achetés la veille saison 1/épisode premier - DVD 26 mn, couleur, sonore*

Co-production Centre Régional d'Art Contemporain à Sète.

- Propos, titre provisoire ; 4 [sur la mort] - DVD 14.14 minutes, couleur, sonore*

- Propos, titre provisoire ; 3 [sur le rire] - DVD 13.06 minutes, couleur, sonore*

- Propos, titre provisoire ; 2 [sur l'orgasme] -DVD 12.47 minutes, couleur,sonore*

- Sans titre, 2/x - 2 écrans, 4.30 minutes, couleur, sonore

- Sans titre, 2/x - 1 écran, 3.40 minutes, couleur, sonore

2001- Samedi 12 Mai, Paul-Armand gette dans le jardin de la Villa - 2 minutes, couleur, sonore

2000- Sans titre, 1/x - 7.33 minutes, couleur, sonore

- Sans titre, 1/x ; Stéphanie et Véronique - 4.12 minutes, couleur, sonore

- Sans titre, 1/x ; Yann et Véronique - 1.24 minutes, couleur, sonore

- Sans titre, 1/x ; Philippe - 2.17 minutes, couleur, sonore

- La salle de bains - 1.43 minutes, couleur, sonore

- Propos, titre provisoire ; 1 [sur la masturbation]

DVD 13.29 minutes, couleur, sonore*

1999- Lent, souple, humide - 7.21 minutes, couleur, sonore

post production association Le mas (Production et diffusion d'art vidéo, Languedoc-Roussillon)

- Chantal et Enna, le parc - 7.29 minutes, coulur, sonore

1998- Patrick ; Chantal dans la série Mille petits sexes à jouir

5.30 minutes chacunes, couleur, non sonores

- Patrick & Chantal 2 dans la série Mille petits sexes à jouir

version boubles écrans 3 minutes chacunes, couleur, non sonores

- Chantal & Patrick ; 1 - 11 minutes, couleur, sonore

- Chantal & Patrick ; 1 - 5.29 minutes, couleur, version non sonore

- Fleur - 8 minutes, couleur, non sonore

1997- La danse, 2 - 1.51 minutes, couleur, sonore

- Patrick, se rhabille ; 1 - 3.03 minutes, couleur, sonore

- Patrick, se rhabille ; 2 - 4.51 minutes, couleur, sonore

- C'est une femme qui... - 3.40 minutes, couleur, sonore

- C'est une femme qui... - 3.40 minutes, couleur, version non sonore

- Les pipelettes - 2.53 minutes, couleur, sonore

1996- Le réveil de blanche en collaboration avec Marion Lachaise

15 minutes, couleur, sonore

1995- Quelques fois il n'y a pas de plaisir chez les sexes

4 minutes, couleur, sonore

1995/97- Mes ribambelles - 15 films super 8 couleur, non sonores

1994-92- Histoires d'eux - 5.48 minutes, n&b, sonore

- Caresse - 2.29 minutes, couleur, non sonore

1993- Elle - Moi - 3.40 minutes, N&B, sonore

1992- La danse, 1 - 30 secondes, N&B, sonore

- Une souris verte - 44 secondes, N&B, sonore

(* DVD en vente à la librairie Florence Loewy - Paris)

Pierre Giquel

Texte publié dans "un goût de l'âme"

Éditions image/imatge, 2005

Stéphanie Eligert

Texte publié dans "In love"

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète

Octobre 2001

Patrice Allain et Patrice Gaborieau

Texte publié dans "In love"

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète

Octobre 2001

Céline Mélissent

Texte publié dans : "In love"

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète

Octobre 2001

Isabelle Durant

Extrait d'une conférence

Exposition Enna, situation L

Enna Chaton, Laurent Moriceau

image/imatge, l'imprimerie, Orthez.

29 octobre-20 novembre 2004

Isabelle Durant

Extrait d'une conférence

Exposition Enna, situation L

Enna Chaton, Laurent Moriceau

image/imatge, l'imprimerie, Orthez.

29 octobre-20 novembre 2004

Claire Guezengar

Je m'interroge [fiction]

in Enna Chaton, Edition de la Villa Saint-Clair à Sète

Novembre 2006

2007 - Edition Livre # 62 (février 07) Enna Chaton

180 pages couleur

Edition de la Villa Saint-Clair à Sète, réalisée en coproduction avec le Centre d'Art Chapelle Saint Jacques à Saint Gaudens et le Parvis Centre d'Art Contemporain vidéo

K.01 Pau

http://villastclair.free.fr/

UN GOÛT DE L'ÂME

Texte publié dans "Un goût de l'âme" - 2005

Editions Image/Imatge, Orthez

Il est un adage apparu sur les murs et rédigé anonymement qui stipulait : " Au pouvoir des mots, je préfère le mouvoir des peaux ". Autre temps sans doute, le jeu de mots prenant valeur d'échappée et de critique vis-à-vis d'une autorité, la parole, sur le corps. Or, avec Enna Chaton, gageons que tout ce qui relève du mouvement des corps, de leur arrêt, de leur suspension, rejoint le tremblement infini des phrases, des confidences, des éclats ou des chuchotements qui s'immiscent entre deux images, entre les objets, les silences et les couleurs. La parole véhicule également du désir, elle prolonge ou anticipe des désorientations physiologiques, elle est imprévisible. Monnaie d'échange, elle jette sur les sens de nouvelles braises, elle les éteint tout autant. Elle se noie dans les battements d'une paupière comme dans ceux d'un cur. A son tour le corps est un diffuseur d'indéterminations. Il est modulation. Il vient se frotter à des fictions qui ne demandaient qu'à se laisser voir, vivre.

Enna Chaton est une cueilleuse de corps et de mots. Une collectionneuse ? Peut-être, bien que l'enjeu très rapidement se révèle ailleurs que dans l'obsession de la conquête, ou de la possession. Les images sont vives mais sans ostentation, la violence semble éradiquée, l'audace est bien là mais a déjoué tout esprit de provocation. Il y a de la douceur, comme si le sentiment de culpabilité s'était envolé, comme si la honte avait brisé ses attaches terrestres. Car il y a de l'ange aussi, en totale inadéquation avec notre époque obscène.

La nudité n'est pas obscène. Ni la masturbation, l'orgasme, le rire et la mort. La nudité surprend Dieu. La vision de l'homme et de la femme se trouve ici aux antipodes de l'effroi dans lequel ont voulu nous plonger les soutanes, et que prolongent aujourd'hui les intégrismes de tous bords. La nudité est un paysage appuyé sur la volupté, le désir, sur une accessibilité où le péril paraît écarté, car la menace viendrait d'ailleurs, de la langue hypocrite, du rejet du jour, j'allais dire du jouir.

Car c'est en plein jour que s'expriment les êtres. Les premières vidéo et les premières photographies sont une traversée étonnante des territoires de l'intime, sans remue-ménage, où le rire n'est pas hostile mais complice, où les coups sont à donner mais au dehors. Loin de tout esprit polémique, Enna n'aura de cesse de nous désankyloser. Et nous permettre de parcourir avec elle une nouvelle géographie de la sensualité, du sexe et du désir. Les voix et les peaux réinventées. Parfois la couleur seule, choisie, offre des fulgurances, des immersions dans le champ d'un récit à partager. Les " Propos " s'organisent comme des rituels, les confidences occupent tout l'écran, on ne peut pas y échapper.

Un statut très particulier semble habiter les objets qui nous apparaissent au gré des mouvements de la caméra. Jamais tout à fait éléments d'un décor, ni signes d'une fusion avec le supposé habitant des lieux, l'objet n'est pas non plus un indice. Il est là, il n'insiste pas, il persiste, il n'est pas inquiétant, il ne nous renseigne d'aucune manière. Dans le mouvement très lent opéré par la caméra, il glisse, sans gravité. Il se trouve entre deux corps, comme intermittent. Son étrangeté tient dans son indifférence. Mais à l'observer plus longuement, le corps offert à cette indéchiffrable lecture semble à son tour surgir comme une entité non identifiable. Entre l'objet et le corps, il y a un espace dans lequel nous pouvons nous projeter, cette distance convoque des impressions parfois quasi hallucinatoires, nous sommes en droit de nous interroger sur la viabilité de ce que nous venons de percevoir, les objets étaient instables, ce sont les corps qui désormais nous paraissent tels des voyageurs immobiles, postés comme de singuliers gardiens d'un rêve. Le mouvement est infini, nous contraignant à ne jamais nous fixer. Des phrases entendues, on tourne constamment la page.

Ce phénomène se ressent lorsque l'on aborde le paysage. Le vent qui souffle sur des herbes bute sur un corps pour le quitter l'instant suivant. Cette impression de vivre un épisode inédit tient dans la qualité ordinaire des corps, dans leur respiration toujours visible. Car nous avons devant nous, frontalement, des femmes et des hommes nous regardant, clignant des yeux, ils existent, familiers, pudiques et nus, paradoxaux. Il ne s'agit manifestement pas d'acteurs. Enna Chaton aime à les appeler ses " modèles ".

Ces " modèles " donc à qui elle a donné rendez-vous chez eux et qu'elle caresse d'un mouvement lent de sa caméra sont libres. Leur nudité n'est jamais offensive, la séduction est autant un exercice de retenue que d'abandon. A l'artiste de capter ces indicibles élans, de pourchasser l'inconvenance, de deviner au détour d'un pli, de l'apparition d'un sexe, le goût de l'âme. Ce goût léger, qui étreint le vivant, qui ne se reconnaît dans aucune orthodoxie, qui fuit l'ordre, est partout sans s'épuiser. Il se faufile dans nos humeurs, il change de direction, il grimpe sur le temps, surfe sur une ride. Il tremble dans le désir. Il ne se limite pas. Ne craignons pas de le surprendre lorsque les créatures sans commandement s'absenteront vers leur repos éternel. Car il est déjà là, ce goût, murmurant, olfactif et mental, à deux pas du bruit des villes, non fabriqué, infiltré, délicieux, jouant la vie contre la mort, devenu image, son, rumeur, plaisir.

Pierre Giquel - octobre 2004

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Stéphanie Eligert - 2001

Texte publié dans : « In love » exposition et publication

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète - Octobre 2001

Lenteur et souplesse et humidité. Ce ne sont pas des mouvements qui se succèdent, ou des qualités distinctes et alternées. La caméra d'Enna Chaton n'est pas d'abord lente, ensuite souple, et humide. Une vidéo ( couleur, 7.40 mn, 1999 ) est nommée par ces mots que saccadent trois virgules : lent, souple, humide. Il y a une étrangeté de ce titre : l'envie qu'a notre bouche de le lire vite ne coïncide pas tout à fait avec le sens - ou l'image de ce sens - qui souffle sa suspension. Lent. Là, le titre ralentit son flux, il se considère et tourne doucement sur lui-même. Il est souple. Il tourne sur lui-même, ou en lui-même, cela pour se voir au plus sensuel qu'il est possible, humide.

Les virgules de Lent, souple, humide abritent quelque chose dont les trois mots donnent le désir : l'image d'un corps. Chantal pose, ou plutôt est-elle là dans le champ de la caméra. Elle est allongée sur un lit et un homme vient. Patrick lui caresse la joue et l'invite à danser. Ils tournent dans la chambre. La caméra délicatement décadre. Les deux visages sont maintenant hors-champ. Leur corps presque se touchent. Enna Chaton regarde alors ce presque, ce va-et-vient entre deux peaux dont nous devinons, et désirons, le grain puisque tous deux sont vêtus. Elle les regarde et sa caméra reste fixe. Et ce plan-séquence n'a rien d'une ontologie quelconque : la durée de l'image ne fait pas advenir la réalité d'un corps ou du Corps. Ce couple dansant est là, forcément anté-conceptuel, et leur image dans Lent, souple, humide n'a pas d'autre désir que fluidifier, et ralentir, la plastique de leur présence.

Lent et souple et humide ne forment pas les concepts de l'esthétique d'Enna Chaton. Ils ne pensent pas mais touchent les corps dont ils anticipent la venue à l'image. Ils parlent le désir de sa caméra qui, entre les virgules, hallucine la peau de ses modèles. Ce titre est alors l'autre peau de Patrick et Chantal. Cela, aussi, se palpe dans le récit de Murielle Drumeur dont l'étoffe, textuelle, est une peau - la peau d'Albert - une peau que l'on voit ou que l'on lit. Mais ces mots ne se transforment pas en peau parce qu'ils le sont déjà dans la bouche de l'artiste qui les sent et informe sa caresse dans le frémissement des mots qu'elle appose à ses images.

Le corps du modèle est un corps, sa peau sa peau, le lit sur lequel il s'étend un lit et le canapé noir où il se délasse un canapé noir. Les choses et les personnes sont ici sans qu'entre elles, ou sur l'image d'elles, se glisse une distorsion du voir, une métaphore et sa confusion, celles du " tout est corps ". Tout précisément ne l'est pas et rien ne peut devenir un corps. C'est alors la plastique de cette évidence qu'il s'agit de filmer : les corps de Rébecca et Arno enlacés dans un appartement vide, celui de Chantal dont les pieds trottinent dans un parc à Grenoble ou ceux d'une famille réunis autour de la table où ils terminent leur dîner. Ces évidences-là échappent au parcours du sens : elles ne sont pas intelligibles ou opaques, ou claires et inintelligibles. Il n'est pas question de cela. Nous ne savons pas ce qu'est un corps après avoir vu les images qu'en fait Enna Chaton. C'est autre chose qui se passe, une chose qui est le corps et dont la puissance circule de notre rétine à la surface des images. Ou est-ce l'inverse : les corps projetés touchent notre rétine, la caressent et la violentent. C'est la plastique que libèrent ces images, un effet qui s'échappe de l'écran et de sa surface, cela pour faire voir la profondeur d'un corps dont nous n'avions d'abord vue que la peau, la peau de l'image.

Tout n'est pas peau dans ces images. Pourtant le désir qu'en a Enna Chaton fait qu'elle touche et monte les images de ses films comme si celles-ci étaient la seconde peau des modèles, la seconde ou la troisième puisque les mots qu'elle insinue entre les images, ou avant elles, en ont aussi l'étoffe. Rébecca est là sur deux écrans dont le format est identique ( Sans titre, 2 / x , Vidéo couleur, ? mn, 2001 ) : sur l'un, elle est immobile et son corps, cadré en son entier, tremble d'une façon légère, presqu'indistincte. L'autre image l'approche en gros plan et le plaisir strie le visage de Rébecca dont les lèvres embrassent un miroir. Le plaisir strie son visage ou plutôt le pénètre-t-il, entre ses grains. La caméra cadre alors cet écartèlement intime sur Rébecca, Rébecca dont ne voyons que le visage mais dont pourtant nous sentons le sexe, vibrant en-deçà du bord inférieur de l'image, humide. La vulve de Rébecca n'est pas hors-champ : sa vulve affleure, sous le cadre mais aussi derrière lui, surimprimant à tous ces plans rapprochés sur ce visage l'image de son excitation. Mais l'idée de surimpression est une ruse que notre texte emploie pour écrire la densité de ce qui se passe en cette image de Rébecca : nous voyons sa vulve derrière son visage et nous la voyons sans qu'Enna Chaton ne la cadre, ou ne fasse deux images en une. C'est que le visage de Rébecca, délicatement délié par son plaisir, a l'air de sa vulve, non que son visage imite sa vulve, mais le plaisir est le même sur un visage ou sur une vulve. Lorsqu'aux côtés de cet écran, nous voyons Rébecca, sur une autre image, debout et immobile dans une pièce vide, c'est encore l'évidence radicale de son corps qui frappe notre rétine, et notre corps aussi, debout entre ces deux écrans, évident et immobile comme Rébecca. Mais notre immobilité n'est pas celle de Rébecca, l'installation de Sans titre, 2 / x ne se souciant pas de la réflection d'un corps à l'autre. Sans titre, 2 / x frotte notre corps contre un autre corps, celui de Rébecca, tour à tour jouissant et en attente. Tout cela est un frottement d'images et de peaux : Rébecca posant pour cette vidéo ou Enna Chaton la filmant, ou nous-même regardant et frottant notre regard aux peaux de Sans titre , 2 / x.

Mais Quelquefois il n'y a pas de plaisir chez les sexes ( Vidéo couleur, 4 mn 1995 ). Le titre de cette vidéo ne dit pas qu'Enna chaton, quelquefois, filme le plaisir dans le corps de ses modèles et que, d'autres fois, elle les filme lorsqu'ils ne sont pas en plaisir et que cette sorte de répartition organiserait le choix de ses images. Car celles-ci, perçues et comprises en ce sens, deviendraient une collection documentaire qui enseignerait les totalités d'un corps : là, un corps jouit et ici il ne jouit pas et si nous juxtaposons toutes ces images, si nous les montons, nous verrions tous les possibles de ce corps. Or les images que fait Enna Chaton ne sont pas des documents qui accumulent l'exhaustivité des corps. Il ne s'agit pas de cela, d'accumuler, mais de voir les choses qui se passent sur une peau, contre les corps ou chez les sexes. Chez les sexes, dans cette rapide plastique textuelle, le travail d'Enna Chaton se trouve dit : voir chez eux, non en eux, mais comment eux, les corps des modèles habitent chez leur sexe. Philippe qui s'assoit sur le canapé noir, c'est le sexe de Philippe qui s'assoit sur le canapé noir ( Sans Titre, 1 / x, vidéo, 16 mn, couleur, 2000 ). Et ce corps ne vient pas autour de son sexe, il est chez son sexe qui s'assoit. Sa main qui dégrafe sa chemise est chez son sexe comme le visage de Rébecca est chez sa vulve. C'est cela que filme la caméra d'Enna Chaton - ce qu'avant nous écrivions ressembler à une surimpression et qui est voir et toucher un corps chez son sexe, ou un sexe chez son corps.

C'est pourquoi Quelquefois il n'y a pas de plaisir chez les sexes. Car, chez les sexes, on n'est pas toujours en plaisir de son sexe : on est assis et on mange, on boit et on dit des phrases et le plaisir est autre chose. Un travelling alors commence, du bout d'une table jusqu'à son autre bout. Les visages de ces personnes, entre lesquelles nous ressentons les rictus d'un faire familial, ces visages, nous ne les voyons pas dans le temps de ce travelling. La caméra, de droite à gauche, cadre la table, ses verres et ses assiettes vidés et, autour d'eux, les bras et les mains, les bustes de ces gens s'agitant dans une discussion que nous n'entendons pas - le plan n'est pas sonore - mais dont nous voyons la répercussion sur les gestes de leurs corps. Une image, particulièrement : un homme explique peut-être quelque chose, quelque chose qui importe plusieurs points d'explication et les doigts de sa main se déplient, un et deux. Et nous voyons chez son sexe dont les doigts rougis montrent ce que c'est qu'être chez son sexe. Le travelling est suspendu par des inserts cadrant, en plan moyen, le visage de ces personnes, chacune disant des phrases. Une femme vieille dit : je connais une dame qui se masturbe tous les jours. Ce sont les portraits de chez les sexes, des portraits qui n'arrêtent pas le travelling mais l'enflent sur des phrasés, sur ce qu'on dit chez les sexes. Le sexe parle sa langue dans la bouche de cette femme qui dit la masturbation d'une autre. Et sa phrase est insensée, c'est à dire qu'elle n'a pas à voir avec le sens, ni avec la narration - peu importe cette dame - mais avec ce qui circule, toujours, en-deçà de l'un et de l'autre : les évidences closes dans son corps. Son sexe la parle et elle parle son sexe. La plastique de Quelquefois il n'y a pas de plaisir chez les sexes fait voir comment l'un parle l'autre - autour d'une table ou contre le fauteuil d'un salon. Un homme, cadré dans le contre-jour d'une fenêtre, demande : il parlait de quoi ce film ?

Le sexe parle et cette langue est l'objet des images de Propos, titre provisoire, 1 ( vidéo, 13.48 mn, couleur, 2000 ); images abstraites, dirait-on, puisqu'aucun corps n'est visible dans leur champ et que la notion même de champ paraît s'être éventée en une massive surface monochrome. L'écran, diffusant ces Propos, est successivement rouge incarnat, jaune, rouge orangé, blanc, noir, rose fuchsia et chacune de ces successions varie le grain d'une voix, masculine et féminine, en train de parler la confidence de son sexe, celle de sa masturbation. Mais ces voix ne sont pas audibles comme ça, elles ne résonnent pas dans le lieu où les Propos sont montrés, et nos oreilles doivent se munir d'un casque, dont deux sont mis à notre disposition, cela pour les écouter, dans l'intimité. Deux chaises, aussi, sont face à ce moniteur dont Enna chaton dit qu'il est installé à hauteur de sexe. Cette disposition a quelque chose qui défait l'a priori d'abstraction que, d'emblée, notre oeil put avoir quant à ces images monochromes. Peut-être, d'ailleurs, devrions-nous écrire une couleur plutôt que monochrome, lequel mot, monochrome, sature les signes de son étymologie et détourne le discours vers le relief de sa technicité. Cela, ce n'est pas compatible avec le geste d'Enna Chaton, geste d'un bout à l'autre happé par la plastique de sa sensualité et pour qui, dans ces Propos, les couleurs sont comme des cadeaux offerts à ses modèles : l'artiste leur offre, à la manière d'une gourmandise, le choix de l'image qui habillera le son de leur confidence. Le rouge incarnat, le jaune et le rouge orangé, le blanc écru, toutes ces couleurs qui défilent sur l'écran ont été choisies par chacune des personnes à qui l'artiste a posé cette question finale : Quelle couleur donneriez-vous à la masturbation ? Rien n'est moins abstrait donc, moins spéculatif que ce montage de couleurs, un montage qui est encore une autre manière de palper les corps, de les toucher lorsqu'ils projettent la couleur de leur masturbation. Et cette couleur ne se substitue pas à leur image, il n'y a pas de dialectique entre l'une et l'autre et le corps des modèles n'a pas déserté le champ. Enna Chaton venait, s'asseyait face à son modèle, lui-même assis face à elle, et elle posait sa caméra sur ses genoux, à hauteur de son sexe, et ce que la caméra prenait dans son champ était aussi à hauteur du sexe du modèle, mettant en branle la langue de sa masturbation, celle qui unit sa main à son sexe. Mais tous ne livrent pas cette langue. Souvent, elle se camoufle derrière un logos et un lexique en-deçà desquels elle frappe, secrètement - dans l'ellipse ou la récurrence d'un mot, dans le souffle qui sépare deux autres ou le bruit de la salive dans une bouche qui hésite à dire quelque chose et dont nous devinons, selon le grain de sa liquidité, ce qu'est sa masturbation. C'est cela que permettent les couleurs dans Propos, titre provisoire, 1: voir ces choses qui ne sont pas visibles - le bruit d'un sexe, la voix de sa masturbation - les voir s'incorporer dans la matière de l'écran, une matière VHS dont le granulé, le relief plient l'étoffe de ces intimités.

Il y a une vidéo d'Enna Chaton aux abords de laquelle ce texte peut lui aussi plier son étoffe : Sans titre, 1 / x ( Vidéo, couleur, 16 mn, 2000 ). Il s'y plie parce que je suis sur cette image et voir mon image sur cet écran décale la ligne de mon écriture, la tremble et empêche mon texte de se dérouler comme, jusqu'ici, il le fait. Ce n'est pas que ce soit un trouble narcissique - mon image ne m'est pas un trouble - mais c'est autre chose qui a avoir avec la manière dont Enna Chaton fait des images, une manière que mon corps a éprouvée contre sa caméra et elle-même. Aussi mon corps ne peut-il écrire dans la suspension de ce qu'il a ressenti : la sensation, sur la peau de mon corps, qu'elle était en train d'en faire une image. Alors, si j'écris sur Sans titre, 1 / x, j'écris sur ma peau ou j'écris ma peau et je peine à discerner l'image seule qu'en a faite Enna Chaton. Je vois une sensation et cela risque de spiraler mon écriture autour d'une ellipse, celle de mon image et de mon toucher avec elle, avant elle - une ellipse, ou une excroissance, perçant mon texte.

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Patrice Allain & Patrice Gaborieau

texte publié dans : " In love " exposition et publication

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète - Octobre 2001

La technologie spécifique de l'outil vidéo autorise, sans médiation technicienne, la construction d'une image de soi " en circuit fermé ". Cette possible représentation de soi, par soi et devant soi a su combler les attentes d'un "contemporain" sensible aux questions du narcissisme dévoilé ou du quotidien exhibé. C'est dans cet ultime espace de reconnaissance et d'expérimentation du moi que s'inscrit le travail d'Enna Chaton, une oeuvre dont l'intime constitue l'épicentre.

L'observation participante.

Pourtant le dispositif convoqué dans sa production n'est pas réductible à celui du voyeur qui dissimule son regard. La présence/absence de la caméra, comme celle de l'artiste elle-même, est revendiquée, assumée. Enna Chaton pratique l'observation participante ; dans "Sans titre 1/X", une oeuvre qui a quelque affinité avec le genre du portrait, elle se donne ainsi à voir dans la mise en scène même. Les corps des deux modèles réunis pour cette pièce se découvrent, se cherchent en toute liberté, tandis que la vidéaste tente de capter cet échange d'intimités. La vision purement optique de la caméra s'efface derrière l'il qui touche. La vision d'Enna Chaton se fait haptique (du grec haptikos : capable de saisir) ; elle s'évertue à pénétrer au-delà de l'épiderme, elle s'appesantit sur la surface des corps, les caresse davantage qu'elle n'en parcourt les contours. L'intimité y est recueillie sans fard. Elle se révèle dans le dialogue silencieux qui se crée à l'image entre les modèles et l'artiste - une illustration de ce que le portraitiste est aussi présent que le modèle dans l'oeuvre. Le régime défini par l'artiste est celui du don - du potlatch peut-être - et non de la prédation de l'image. Point d'images volées, donc, point de paroles contraintes, ni de corps soumis aux caprices de la mise en scène. Les modèles, qui deviennent modèles au sens premier du terme, c'est-à-dire des figures auxquelles se conformer - des miroirs presque -, permettent de se réfléchir.

Dans une des partie de "Sans titre 1/X", laissé libre au sein de l'espace réduit du décor minimal, dans une sorte de vacance, un homme déshabillé cherche une contenance face au regard posé sur lui. Il tire des bouffées de sa cigarette, esquisse un sourire, observe la caméra d'un air interrogateur : bref, il pose - ou ne sait pas comment poser, ce qui revient au même. Et par là s'expose, dans toute la complexité de son intimité mise à nu. Dévoiler un pan d'intime : l'invite faite au modèle est celle de l'improvisation. Ainsi Enna Chaton n'atteint la profondeur de l'être que lorsque son intériorité se manifeste à la surface même du corps. Pourtant, l'artiste n'est pas sans ignorer le paradoxe fondateur de son entreprise : la mise en scène, si minimale soit-elle, contient la contradiction propre du projet. L'intime n'y sera toujours que re-présenté.

Le domaine de l'extime.

Le domaine de l'intime révélé laisse place à "l'extime", néologisme de circonstance qui pourrait s'appliquer à la quête d'Enna Chaton. Extimus, en latin "ce qui est le plus en dehors", ce qu'on laisse s'échapper de soi, ce que seul le regard extérieur peut révéler. L'extime, ce serait les signaux du "dedans" que peut capter l'il qui touche ou l'il qui écoute. Ainsi, davantage que de la masturbation comme pratique, la pièce "Propos" interroge les dispositifs discursifs de l'intime, la manière dont la confession - qu'on qualifie parfois d'impudique - se déploie. "Propos" est d'abord une vidéo de parole, puisque l'image n'y est constituée que d'écrans de couleur. S'y exprime toute l'ambiguïté de la mise en scène, ou du récit de soi ; s'y lit le développement de stratégies diverses qui, toutes, se résument à cette tension entre le désir d'avouer et la rétention compulsive. L'un s'adonne à l'exhibition libératrice et revendique joyeusement le mot " branlette ", sacrifiant au bonheur enfantin de la conduite de répétition. L'autre hésite : "C'est un secret... ce n'est pas un secret" : ces mots qui viennent clore la vidéo résument ce qui se joue dans ce petit théâtre de l'intime d'Enna. C'est la tension qui anime la révélation, par chacun, de son intimité, et en organise la mise en mots. Le domaine de l'intime recouvre le champ sémantique de la "dissimulation", et il est sans cesse traversé par la sexualité. "Je ne veux pas en parler" avoue l'une des personnes invitées par Enna à s'exprimer sur la masturbation. La parole se murmure, le discours se fabrique dans des silences embarrassés. L'attente est celle de l'invitation à poursuivre... du feed-back décisif quant à l'abandon définitif. Un chuchotement, des hésitations pour ainsi dire imperceptibles, un rire... des questions pour répondre à d'autres questions : l'intime est ce qui se dérobe, plutôt ce qui s'échappe que ce qui se vole.

La fiction de l'intime.

Le dispositif de mise à distance est récurrent. Parler d'abord de la masturbation chez les autres - c'est le protecteur "comme tout le monde" - et ainsi s'en remettre à l'altérité ; en exiler la pratique dans le passé avant d'avouer qu' "on continue", c'est abuser du subterfuge qui consiste à extraire le discours sur l'intime de soi. Dès lors l'aveu et le propos auto-référentiel ne se tiennent jamais loin du récit, avec sa charge fictionnelle - les émois enfantins dans les foins, l'éveil adolescent à la sensualité sont autant de fables personnelles qui s'organisent dans un souvenir recomposé. "Lent, souple, humide" pourrait fournir la meilleure illustration de ce propos. Cette vidéo, sans doute la plus énigmatique des productions récentes d'Enna Chaton, évoque l'existence hypothétique d'une femme-escargot, une identité qui ne se construit que par bribes. Cette intrusion de la fiction dans l'oeuvre de l'artiste offre comme une métaphore de la monstration de l'intime ; elle propose une nouvelle manière de la jouer, en nous soumettant une image perceptible dans cette scène où le personnage arpente en sautillant sa propre coquille déroulée sur le sol : une coquille dont il se serait extirpé, comme pour explorer indéfiniment les limites du soi, dans une dialectique intérieur/extérieur constitutive de l'extime. N'est-ce pas une façon de montrer que ce travail sur l'intime, ce travail de représentation, et son extériorisation ne peut, au final, se résoudre que dans la fictionnalisation ou l'allégorie ?

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Extrait d'une conférence d'Isabelle Durand

"ENNA , SITUATION L, Enna Chaton, Laurent Moriceau "

Exposition 29 octobre-20 novembre 2004, image/imatge, l'imprimerie, Orthez.

"Cependant, Enna Chaton ne se contente pas de travailler avec son entourage proche, elle va faire appel également à d'autres personnes à qui elle propose de poser ou qui se proposent à elle. Intervient dans ce cas la notion de " rencontre " avec les modèles, très importante pour l'artiste. Les séjours en résidence par exemple occasionnent les rencontres avec les futurs modèles. Aussi, les critères de sélection sont de l'ordre de l'humain, de la rencontre. L'artiste laisse une place au hasard. Par exemple, dans le cadre du colloque à Nîmes " L'intime sous tension " en juin 2004 auquel est invitée l'artiste, celle-ci propose de faire une performance dans un lieu, qu'elle intitule " On se connaît pas ", pour laquelle elle donne rendez-vous dans un appartement pour poser nu. Quatre personnes sont venues que l'on retrouve dans Passages. La relation entre l'artiste et son modèle est particulière.

Enna Chaton parle de son travail et explique aux modèles ce qu'elle attend d'eux. Pour Passages, par exemple, il s'agit de rester debout, d'être immobile, de faire face à l'objectif et de le fixer. D'un geste précis, lent, l'artiste fait pivoter de 180° une caméra sur pied. Le lent panoramique balaie et embrasse la pièce. Les prises de vue se font dans des lieux différents. Les modèles entrent en entier dans le champ. La procédure est toujours la même. Il s'agit d'un moment d'une rencontre où intimité et pudeur sont exposées. L'espace et le temps s'étirent. Comme le dit Chantal Vey dans Papiers libres , " ce temps partagé collectivement est pudique, il ne s'agit pas d'une simple mise à nu ou d'un seul dévoilement mais d'une caresse d'un instant donné où le regard de l'artiste effleure ses acteurs par un long [panoramique], durée d'un souffle où l'il vidéographique s'étend, étend physiquement ce moment presque indicible... Il n'est pas question d'une pose de nus classiquement arrangés, mais d'une communion d'un lieu, d'un espace, d'individualités, celles-ci justement dénudées ici et maintenant. Cette expérience d'intimité paraît se dérouler dans une suspension où sensation, émotion, concentration s'accordent avec délicatesse et intensité de présences. La durée de prise de vue que révèle le panoramique que nous offre Enna Chaton, donne à voir ce face à face qui résume le passage de ce que nous sommes à ce que nous découvrons : cette première gêne à quitter promptement notre enveloppe pour être et partager une simplicité essentielle. ""

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Céline Mélissent

Texte publié dans : "In love" exposition et publication

La vitrine de la Villa Saint-Clair, Sète - Octobre 2001

L'intime imprègne tout le travail d'Enna Chaton. Convoquant d'abord son entourage proche, elle explore avec une certaine pudeur l'érotisme des corps. Aujourd'hui l'investigation se poursuit au-delà de toute filiation pour toucher de plus près l'intensité des expériences. A l'érotisme tacite et retenu des corps des parents, supports de "Mille petits sexes à jouir" (photographies, vidéos et textes-1997/99), se substituent ceux plus enflammés de jeunes gens mis à nu et guidé l'un vers l'autre, "Sans titre, 1/x" (DVD 7.33 minutes, couleur, sonore - 2000). Au repos succède la lutte. La transgression est clairement désignée comme un jeu qui lève et complète l'interdit, sans pour autant le supprimer. Et c'est bien de ce jeu dont parle la plupart des oeuvres d'Enna Chaton. L'artiste cherche à capter les lâcher prises, les glissements, voire les dérapages. Quand le réseau des pulsions et le principe de plaisir gagnent et ouvrent sur autant de métaphores, de signes et d'images dans nos corps. Quand le désir soutenu par le fantasme satisfait la pulsion. Et que l'acte privilégie l'être sur la pensée, l'instinct sur la rationalité. L'accès à cette ouverture suppose effectivement des moments d'abandon, de présence à soi par l'autre. Des moments où le non-dit répond à l'embrasement érotique. La suspension du sens et l'aveu d'une défaillance indiquent l'envers d'une jouissance à venir.

La vidéo intitulée "Propos, titre provisoire, 1" (DVD 13.29 minutes, couleur, sonore - 2000) franchit une nouvelle étape dans le développement global de l'oeuvre, et l'exploration de la sexualité comme élément structurant le sujet. Ici, l'aveu du désir dans le langage ouvre le champ du récit. L'image des corps disparaît au profit de monochromes de couleur, miroirs de la parole d'une vingtaine de personnes sur la question de la masturbation. Après le jeu, il s'agit plus expressément de redonner sa place au je. Si dans l'érotisme, il est toujours question de parer à l'isolement de l'être, comme le dit une des personnes interviewées, l'autoérotisme suggère qu'il est nécessaire de s'aimer soi-même pour aimer les autres. Même si le langage et la loi sont déjà là, et que la notion de péché ou de manque prend souvent un caractère démesuré.

Le défi réside à parvenir à exposer ces visages dans leur nudité ; en d'autres termes à s'approprier la nature même de notre difficulté à dissimuler et à restituer le secret des corps et des coeurs. Exposer sans crainte ni complaisance une altérité qui ne ressort pas de la simple représentation. Mettre à l'épreuve le langage et laisser s'exprimer le trouble face au corps désiré, à la fois beau, vertigineux et risible. La réalité n'est pas réductible à son contenu pensé. Le corps retourne la représentation en extériorité, il est contestation permanente de l'importance attribuée à la raison. Il s'agit de se réapproprier son corps et de tenter de remédier à son déchirement.

Le dispositif proposé, un moniteur posé sur un socle, deux écouteurs et deux chaises, renvoie le spectateur à lui-même face à l'écran, à ses propres représentations mais également à l'autre, qui écoute simultanément et par conséquent aux tabous véhiculés par notre société. L'espace des je qui sont autrui, et de leur communion impossible nous rapproche et nous partage à nouveau. L'objet amoureux est métaphore du sujet. L'objet du désir est maintenu à distance, même si cette distance est intime, de l'ordre de la proximité. L'artiste provoque les rencontres et observe les corps, l'enregistrement se fait discret, le propos n'est pas le voyeurisme ou l'exhibitionnisme mais bien le partage d'une sensualité, d'une singularité irréductible comme point unique d'origine. L'exploration du désir est le propre de l'activité artistique et amoureuse. L'ambiguïté du travail vient du sujet même abordé à la fois archaïque et complexe, maîtrisé et pulsionnel, personnel et universel. Et sa pertinence, de la nécessité de mettre en cause le clivage occidental persistant, du corps et de l'esprit, de la raison et du désir. De manière indirecte, le travail d'Enna Chaton montre comment les pulsions sexuelles produisent aussi notre amour de la beauté et construisent notre éthique. Cette oeuvre s'inscrit en résistance au phénomène de déréalisation actuel. Elle répond par une esthétique de la différence et une réalité plus proche au désenchantement et à la crise identitaire révélée en ce début de siècle. La société marchande est une forme extrême d'expropriation qui vide le langage et les corps de leur épaisseur, c'est pourquoi saisir l'être exposé et réinventer l'amour équivalent de nos jours à une prise de position politique.

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Je m'interroge - (fiction)

Claire Guezengar - novembre 2006

Texte publié dans le livre Enna Chaton ,

Editions Villa Saint Clair, Sète - 2007

Je ne sais pas trop si je vais accepter. En même temps, je n'ai pas vraiment de raisons de refuser. Il y a quelque chose qui est tentant. Mais quand même, j'hésite. D'autres l'ont fait pourtant. Des vieux, des gros, des maigres, des beaux, des poilus, des chauves, des tatoués... Je les regarde souvent. Je ne peux pas dire que ce soit malsain. Au contraire. Mais j'ai quand même une légère petite gêne à regarder tous ces corps. Je suis prude ou quoi ? Pourtant, c'est sûr que s'ils sont là, c'est qu'ils ont accepté d'y être et qu'ils acceptent qu'on les regarde. Ils n'ont pas l'air contrarié, je dirais même que, quelque part, ils ont l'air d'être heureux d'être là, offerts au regard. Comme un don d'eux-mêmes. Il semblerait même que d'aucuns aient un profond plaisir à être là. A y participer.

J'hésite.

Des corps qui rencontrent d'autres corps. Juste des corps figés. Comme des sculptures. C'est quand même étrange de penser qu'un corps puisse aussi être une sculpture. Est ce que je suis moi aussi potentiellement une sculpture ? Est ce que je peux accepter d'être une sculpture ? Toute seule, immobile dans la salle de bains, je ne serai jamais une sculpture. Je ne peux pas être une sculpture toute seule, ça au moins c'est sûr.

Au cinéma, on en voit tout le temps pourtant, des gens tout nus. Ca me gênerait moins, je crois, si on me demandait de le faire pour le cinéma. Au cinéma, c'est moins présent peut-être. Les corps bougent, se déplacent, dorment, prennent des douches, se déshabillent, s'habillent, font mine de faire des trucs sexuels. Ils s'affairent tout le temps parce que c'est dans le scénario. Au cinéma, ils sont des personnages dans un scénario. Mais là, il n'y a pas de scénario, pas de personnages. On ne leur demande rien, juste d'être là. Sans bouger. Finalement, ce sont des corps qui racontent juste ce qu'ils sont. C'est vrai que parfois, sur certaines images, on a l'impression que c'est une scène de film. Surtout dans les prises de vue nocturnes. Deux personnes de dos, et une autre, allongée en face d'eux, dans une clairière éclairée par des phares de voiture. On dirait un plan en nuit américaine. C'est vraiment beau, j'avoue, ça me tente. Ils ont l'air d'être bien. Là, dans cette situation là, on a l'impression que ça raconte quelque chose, même si on ne sait pas exactement quoi.

Et puis, je vais peut-être me retrouver sur des affiches. Bon. Je ne serai pas la première. C'est vrai, c'est peut-être moins impressionnant paradoxalement de se retrouver sur une affiche. On est plus habitués aux grands formats des affiches, on en voit partout des affiches, c'est plus facile peut-être, plus familier, ça appartient au quotidien. Des corps de femme sur des affiches, on en voit tout le temps. Sauf que c'est quand même pas exactement la même chose. J'ai rien à vendre, moi.

Le Déjeûner sur l'herbe. Il y a une fille nue. Avec deux hommes habillés. Et un paysage. Elle n'a pas vraiment l'air embarrassé la fille. Si on me photographie nue dans un paysage est ce que je ferai partie de ce paysage ? Est ce que l'on me confondra avec un arbre ? L'arbre ne pose pas, c'est toute la différence entre lui et moi.

Des paysages, on en voit plein. Des nus, on en voit plein. Tout cela nous semble bien naturel. Mais un paysage avec un nu, ça semble contre-nature. On ne voit jamais quelqu'un de nu et immobile au milieu d'un paysage. C'est une image qui n'existe pas, qui est provoquée. En même temps, je ne peux pas dire que ce soit provocant.

Et si ça provoquait un scandale ?

En même temps, ce sera moi, sans être moi parce que n'y serai plus. Je ne serai pas là. Je ne serai que dans l'image. Qu'est-ce qui est le plus important : c'est de l'avoir fait ? Ou c'est d'être dans l'image ? Qu'est-ce qu'on me demande: c'est de me mettre nue dans un paysage ? Ou d'apparaître sur une photographie sur laquelle je suis nue ?

Etre modèle, est-ce que ça ne signifie pas également que je doive être parfaite ?

Il n'est pas question de dire que c'est un portrait, ça c'est sûr. En fait, ça veut dire quoi au juste s'offrir au regard de l'autre ? C'est vrai finalement je pourrais aussi bien rester tranquille chez moi. Mais l'idée d'aller dehors est toujours tentante. Et puis le fond, on aime tous cette idée de confrontation.

Ca n'empêche, je m'interroge.

Ca me donne du fil à retordre cette histoire. J'arrête pas de me poser des questions. Et j'ai toujours pas de réponse pour l'instant. C'est peut-être ça le principal finalement : se poser des questions.

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Enna CHATON : dossier à imprimer